Un intellectuel roumain de l’époque communiste à la Sorbonne dans les années 1970
Rezumat
Sur les traces du journal parisien, Timpul trăirii, timpul mărturisirii (Le Temps du vécu, le Temps des aveux), dont la première édition fut publiée en 1977, à quatre ans distance par rapport aux évènements vécus, je vais employer les concepts structurels « dedans » et « dehors » pour établir l’enjeu entre le moi profond et le moi social du chargé de cours roumain qui eut pour mission, à l’époque du régime communiste, d’enseigner des cours de culture et civilisation roumaines à la Sorbonne, Paris IV. Ce chargé de cours roumain s’appelle Eugen Simion, un critique de pointe de la génération ‘60, à côté de Nicolae Manolescu, Dumitru Micu, Valeriu Cristea, Ion Negoițescu, Mircea Zaciu, Nicolae Balotă, Adrian Marino, un intellectuel qui, du point de vue politique, ne fut intimement ni de gauche, ni de droite, mais il a su se tenir à une distance équilibrée pour bien juger les choses du monde, car il parlait souvent d’apolitisme. Il est bien vrai que son apolitisme publiquement déclaré (dans ses écrits ou prises de position) fut un moyen de se tenir à l’écart de l’idéologie communiste, de se réfugier face à la terreur de l’histoire. Cette littérature de confession est donc taillée selon plusieurs directions à suivre dans ce clash of cultures d’un intellectuel roumain qui veut transmettre son acquis culturel aux jeunes étudiants français et qui est arrivé dans les années 1970 dans la capitale européenne la plus imbue de culture et de civilisation, le berceau culturel le plus désiré par les vagues d’exilés roumains après la Seconde Guerre mondiale. Il y a en effet quatre piliers qui soutiennent cet ouvrage de confession : les expériences personnelles liées au travail proprement dit dans le cadre du lectorat roumain ; les observations sur les évènements politiques en France à l’époque de l’apogée de la philosophie sartrienne et camusienne ; les rencontres avec les grands exilés roumains qui s’étaient enfuis de Roumanie pendant la Seconde Guerre mondiale (Eugène Ionesco, Mircea Eliade, E. Cioran) ; l’absorption de la culture française au moyen des « intellocrates » en vogue au Collège de France : Sartre, Michel Foucault, Barthes, Lacan et des critiques « thématiques » qui l’ont tellement influencé dans sa propre pensée critique : Jean-Pierre Richard, Georges Poulet, Jean Rousset.
Tout ceci le mène à définir l’esprit français dans des pages remarquables, car, même appartenant à une culture mineure, Eugen Simion a l’ambition et l’obsession de surprendre ce qui est spécifique aux habitants de l’Hexagone, sur un pied d’égalité.
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